La peopolisation de la politique, le volontarisme de façade et la gesticulation médiatique, semblent connaître leurs limites. Depuis près de six mois que Nicolas Sarkozy est chef de l'état français, les citoyens français commencent à attendre des résultats concrets.
Cependant, à part
- des cadeaux fiscaux de 15 milliards d'euros à 200.000 ménages favorisés,
- des amendements droitiers démagogiques sur le fichage ADN de certains immigrés ou l'hypothétique renforcement des lois contre les chiens dangeureux,
- des projets de loi de connivences avec les copains du Nouveau Centre sur le financement de partis ,
- la mise en place d'une commission fantoche pour augmenter les pouvoirs présidentiels,
le Président Sarkozy semble avoir un bilan un peu creux vis-à-vis du citoyen français moyen.
En terme de justice, Nicolas Sarkozy poursuit sa quête idéologique - et critiquée au sein même de l'UMP - de désengagement de crédits publics.
Le président Sarkozy joue actuellement une grande partie de sa crédibilité en envoyant au charbon son emblème d'intégration politique, la Garde des Sceaux, Rachida Dati. Adepte de la discrimination positive et de l'appui politique sur des lobbies communautaires, Nicolas Sarkozy souhaite démontrer la crédibilité de sa vision de la république à la française, une république élastique et de quotas.
Si Rachida Dati réussit sa mission de provoquer l'allégeance (au moins médiatique) du monde de la justice à l'exécutif, Nicolas Sarkozy aura réussi son pari de montrer l'efficacité d'une république volontariste et anglo-saxonne, fondée sur les valeurs du travail et de l'intégration à la manière libérale.
L'élection municipale de 2008 est pour Rachida Dati un moyen de confirmer sa réussite politico-médiatique.
Rachida Dati a déclaré tout récemment être intéressée par la Mairie du VIIè arrondissement. Elle ne prend d'ailleurs pas beaucoup
de risques à se présenter à cette Mairie, puisque Nicolas Sarkozy y a réalisé le score sans appel de 74,7% au second tour de l'élection présidentielle. Se présenter dans le 20è, où le président a réalisé le score de 35,3% aurait sucité un peu plus de challenge...
Depuis quelques jours, des couacs entourent l'aura médiatique de la Garde des Sceaux. Plusieurs affaires médiatiques sont actuellement en train de voiler son image.
Telle Ségolène Royal pendant la campagne présidentielle, elle se pose actuellement en victime contre ceux qui l'attaquent contre "ses orgines".
Le Canard Enchaîné a dévoilé cette semaine un extrait du curriculum vitae qui figure au dossier administratif de Rachida Dati. Un CV qui indique, pour l’année 1993, «M.B.A. du groupe H.E.C.» avec la mention «ancienne élève de l’Institut supérieur des affaires». En réalité, comme L’Express l’a révélé, la Garde Sceaux n’a jamais obtenu le diplôme. Rachida Dati l’a d’ailleurs confirmé, tout en soulignant qu’elle n’a jamais prétendu l’avoir.
(Libération) Le «Canard» écrit que «le document a provoqué un véritable branle-bas de combat au ministère de la Justice», provoquant le coup de fil du porte-parole du ministère. Il a expliqué au journal que «la formule ancien élève de l’Institut supérieur des affaires signifiait clairement qu’elle n’avait pas
obtenu le diplôme final». Le Canard Enchaîné se demande alors pourquoi mentionner «M.B.A du groupe H.E.C.», soulignant «l’ambiguïté» cultivée par la ministre.
Une ministre qui s’est elle-même fendue d’un coup de fil au «Canard» pour lui reprocher de s’intéresser à son parcours en raison de ses origines. Et le journal de répondre «refrain connu. Seule solution, ne parler de la ministre qu’en termes élogieux et pratiquer la discrimination ministérielle positive.»
La question de ce «faux diplôme» n’est pas anodine. Il aurait facilité l’entrée en 1996 de Rachida Dati à l’Ecole normale de la magistrature, qu’elle a intégrée par la voie parallèle ouverte au personnes ayant déjà connu une expérience professionnelle.
Rachida Dati, qui nie les accusations, compte bien donner sa vérité dans le livre "Je vous fais juge", qu’elle doit publier prochainement. «Je corrige quelques rumeurs ou des choses qui sont fausses. Je corrige des incorrections. Quand on parle de faux diplômes, il faut une matérialité», s’est elle défendue mardi sur Europe 1. C’était avant la publication de son CV."
En bref, la panique guette...
Sur le fond des dossiers du gouvernement, la tension monte entre Rachida Dati et la magistrature. Les relations entre Rachida Dati et la magistrature s'enveniment en raison d'un double conflit sur la carte judiciaire et les mutations de procureurs.
(Le Monde) La Garde des Sceaux, première Française d'origine maghrébine nommée dans un ministère régalien, emblème de "l'ouverture" voulue par Nicolas Sarkozy, maintient contre vents et marées ses projets controversés. Quasi-constante depuis son arrivée place Vendôme, la tension avec les juges a monté d'un cran avec l'annonce lundi d'une grève du monde judiciaire, démarche rarissime dans ce corps, qui devrait rassembler magistrats, personnels de justice et sans doute avocats le 29 novembre. La protestation contre la réforme de la carte judiciaire enfle à droite, à gauche et dans les palais de justice au fur et à mesure que la ministre égrène les annonces de fermeture de tribunaux au long d'un "tour de France" des juridictions.
Les opposants à la réforme contestent toute logique à ces "coups de gomme" sur la carte judiciaire qui, selon eux, ne résoudront pas les dysfonctionnements d'un système qui est, relativement à la richesse nationale, le plus pauvre en crédits en Europe. Sur Europe 1 mardi, Rachida Dati a maintenu qu'elle mènerait à bien avant les élections municipales
le dossier, qui devrait aboutir à la suppression d'environ 200 tribunaux d'instance et d'une vingtaine de tribunaux de grande instance.
"La réforme de la carte judiciaire, tout le monde est d'accord pour la faire. La justice ne peut pas fonctionner comme elle fonctionnait en 1958", a-t-elle prononcé, dans un habituel ton populiste. Ton en décalage avec la réalité d'un ministère sans crédits et sans moyens, et que l'on accuse hypocritement de laxisme et d'inefficacité.
Autre pomme de discorde, le projet de mutation du procureur général d'Agen, Bernard Blais, à la Cour de cassation, est maintenu par la ministre malgré l'avis défavorable rendu lundi par le Conseil supérieur de la magistrature (CSM), l'opposition de l'intéressé et des syndicats de magistrats.
"Il est important de renouveler les postes de haute responsabilité et puis de féminiser", a-t-elle précisé, dans un nouveau discours jusqu'au-boutiste. Bernard Blais, à huit mois de la retraite, refuse son déplacement forcé. Il va saisir le Conseil d'Etat.
Les syndicats de magistrats estiment que la démarche du Garde des Sceaux est illégale au regard notamment du statut général d'indépendance de la magistrature. Par ailleurs, selon eux, les procureurs généraux, s'ils sont nommés en conseil des ministres, ne peuvent être déplacés de force que "dans l'intérêt du service", et non pour des raisons idéologiques de prise de pouvoir de l'exécutif sur le judiciaire.

D'autres projets de réforme entretiennent également le contentieux entre les juges et la place Vendôme, notamment celui qui entend permettre la comparution en justice des malades psychiatriques et celui qui veut rendre possible un enfermement à vie après la prison pour les criminels les plus graves.
En résumé, le crédit de Rachida Dati, Garde des Sceaux, et super-procureur de la république, semble bien entamé.
Elle compte sur l'élection municipale parisienne pour se relancer et pouvoir aborder des réformes pénales plus restrictives.... ou plus "modernes", dirait-on dans les médias de la sarkozie.
Thibault