100 ans, 500 ans, jusqu’à 15 millénaires de Smic en une année ! Les sommes perçues tout en haut de la hiérarchie sociale sont considérables, même lorsqu’on en a retiré les impôts. Le talent exceptionnel de certains mérite sans aucun doute une récompense importante. C’est pour cela que ces niveaux de rémunération ne sont quasiment jamais remis en cause. Les plus jeunes, en particulier, rêvent devant des sommes dont ils ne peuvent saisir l’ampleur. Sont-ils aussi exceptionnels que cela, ces talents ? Si les inégalités de revenus sont largement acceptées, on voit mal comment la compétence, le talent, la responsabilité, l’effort ou la créativité pourraient justifier de tels revenus.
En tous cas, ils ne récompensent pas l’effort ou la peine : les métiers les plus pénibles sont aussi les moins bien payés. L’effort physique, sauf quelques éclats lors d’une compétition sportive, est totalement dévalorisé. En outre, contrairement à une idée reçue qui sert à justifier des rémunérations astronomiques, les catégories les plus aisées ne sont pas toujours submergées de travail, ou plutôt leur travail ressemble parfois à s’y méprendre à ce que d’autres, plus modestes, appellent du loisir (repas, lectures, etc.). Elles disposent en outre des moyens de se décharger des tâches les plus pénibles à domicile.
De nombreux acteurs disposent certainement du talent de ceux présentés dans ce classement, il en est de même dans le sport ou bien dans d’autres domaines : mais l’économie du loisir a besoin de marques très fortes pour vendre du spectacle. Les stars assurent en retour des recettes importantes (parfois de façon éphémère), aux clubs comme aux producteurs. Dans l’entreprise, ces revenus traduisent aussi un affaiblissement des représentants des salariés les moins qualifiés, les syndicats, au détriment des dirigeants et des détenteurs du capital, notamment du fait du chômage.
A quoi bon être si riche ? De tels niveaux de revenus sont très supérieurs à ce qu’un individu ou même une famille peut dépenser au cours d’une vie, même s’ils permettent de mener un train de vie inaccessible au commun des mortels. Sauf énorme faux-pas, ils garantissent surtout un haut niveau de vie à plusieurs générations successives et permettent de se lancer dans des stratégies d’investissement personnelles (entreprises, collections artistiques, etc.).
Bien au-delà des quelques individus les plus aisés de France, une partie entière de la population n’a plus idée des niveaux de revenus que perçoivent les catégories populaires ou moyennes. Jusqu’où ira-t-on ? L’une des astuces de ces catégories est d’avoir diffusé l’idée qu’elles seraient pénalisées par le système fiscal français, ce qui compromettrait l’existence de talents sur notre sol, car ceux-ci iraient trouver meilleure fortune à l’étranger. Pourtant, les revenus du capital sont mondialisés depuis des années et la France reste l’un des pays les plus attracteurs de capitaux. Concernant les personnes, aucune étude n’a fait apparaître de mouvement d’ampleur, mais la thèse est admise dans de nombreux milieux, permettant de justifier à la fois la progression des plus hauts revenus et les réductions d’impôt.
Les revenus des détenteus du capital Dividende perçu au titre de l'année 2005 |
| |
Total annuel en millions d'euros
|
En années de Smic
|
| Liliane Bettencourt (L'Oreal) |
186 |
15 720 |
| Famille Pinault (PPR) |
140 |
11 832 |
| Bernard Arnault (LVMH) |
134 |
11 325 |
| Romain Zaleski (Arcelor et Eramet) |
99,4 |
8 401 |
| Famille Peugeot (Peugeot) |
95 |
8 029 |
| Famille Halley (Carrefour) |
92 |
7 776 |
| Serge Dassault (Dassault Aviation) |
80 |
6 761 |
| Jean-Claude Decaux (Decaux) |
64 |
5 409 |
| Martin et Olivier Bouygues (Bouygues) |
56 |
4 733 |
| Famille de Wendel (Wendel Investissement) |
39 |
3 296 |
|
| Source données : Magazine Capital, n°181, octobre 2006 - 2005 |
| Les revenus des PDG français |
|
Société
|
Revenus annuels en millions d’euros |
En années de Smic
|
| Daniel Bouton |
Société générale |
7,7 |
651 |
| Lindsay Owen-Jones |
Oréal |
7,4 |
625 |
| Bernard Charlès |
Dassault Systèmes |
6,9 |
583 |
| Guy Nafilyan |
Kaufman & Broad |
6,7 |
566 |
| Martin Bouygues |
Bouygues |
6,1 |
516 |
| Thiery Desmarest |
Total |
5,9 |
499 |
| Alain Dupont |
Colas |
5,6 |
473 |
| Carlos Ghosn |
Renault |
5,2 |
439 |
| Franck Riboud |
Danone |
4,7 |
406 |
| Jean-François Dehecq |
Sanofi-Aventis |
4,6 |
389 |
| Salaires bruts, avantages en natures et plus-values réalisées des stocks options. |
| Source données : Magazine Capital, n°181, octobre 2006 - 2005 |
| Les revenus des sportifs |
|
Sport
|
Revenus annuels en millions d'euros
|
En années de Smic
|
| Thierry Henry |
Football |
14 |
1 183 |
| Tony Parker |
Basket |
11 |
930 |
| Patrick Viera |
Football |
7 |
592 |
| William Gallas |
Football |
6,4 |
541 |
| Claude Makele |
Football |
4,9 |
414 |
| Lilian Thuram |
Football |
4,7 |
397 |
| David Trezeguet |
Football |
4,5 |
380 |
| Nicolas Anelka |
Football |
4,1 |
347 |
| Djibril Cissé |
Football |
3,9 |
330 |
| Louis Saha |
Football |
3,8 |
321 |
| Ces données comprennent les éléments officiels (salaires et primes notamment) et une évaluation des revenus annexes (sponsors). Ils n'intègrent pas les revenus privés des joueurs, notamment leurs revenus du patrimoine (placement, immobilier, etc.). Ils minimisent donc certainement la réalité. |
| Source données : Magazine Capital, n°181, octobre 2006. Données 2006-2007 |
| Les revenus des stars du cinéma |
|
Revenus annuels en millions d'euros |
En années de Smic
|
| Gérard Depardieu |
4,3 |
363 |
| Thierry Lhermitte |
3 |
254 |
| Jean Reno |
3 |
254 |
| Jean Dujardin |
2,7 |
228 |
| Michel Blanc |
2,3 |
194 |
| Christian Clavier |
2 |
169 |
| Daniel Auteuil |
1,8 |
152 |
| Valérie Lemercier |
1,6 |
135 |
| Franck Dubosc |
1 |
85 |
| Mathilde Seigner |
0,7 |
59 |
| Moyenne estimée sur 2005-2006, estimée à partir des contrats déposés au Centre national de la cinématographie (cachets, participation aux recettes, bonus). |
| Source données : Magazine Capital, n°181, octobre 2006 - 2006 |
| Les revenus des cadres très supérieurs |
|
Revenus annuels en millions d'euros |
En années de Smic
|
| Patron d'une salle de marché (achètent et vendent sur les marchés financiers) |
5 |
423 |
| Banquier d'affaires |
5 |
423 |
| Styliste d'une griffe de luxe |
5 |
423 |
| Avocat associé d'un grand cabinet d'affaires |
4 |
338 |
| Gérant de fond spéculatif |
2 |
169 |
| Consultants en organisation |
0,8 |
68 |
| Directeur financier d'un groupe côté |
0,8 |
68 |
| Directeur des ressources humaines d'un grand groupe |
0,45 |
38 |
| Directeur de la communication d'un grand groupe |
0,4 |
34 |
| Directeur de création d'agence publicitaire |
0,4 |
34 |
| Attention, il s'agit d'évaluation de salaires maximum pour ces professions. Ne comprend pas d'autres avantages éventuels (stock options, frais, etc.). |
| Source données : Magazine Capital, n°181, octobre 2006, d'après les cabinets de recrutement - 2005 |
La version originale de cet article est publiée sur L'observatoire des inégalités